Klemen Pisk

le poète, l'auteur, le traducteur, le musicien

Poésie

Beatles

Je marche dans la caverne et apparaissent des objets,
que j´avais laissés là sur mon chemin : la guitare asymétrique
comme si son propriétaire était gaucher. Gaucher, je le suis aussi,
je l´imagine. Encore que ma guitare n´est point asymétrique
parce qu´elle est faite d´abord pour un gaucher.
Quelque artisan l´a conçue sur commande. Je me demande si,
Paul aussi du tourner son chevalet et si peut-être il n´avait pas
son artisan a qui il avait visité et commandé une guitare…
Je vais plus loin dans le couloir étroit de la grotte
j´arrive dans la petite pièce humide. Au coin git un sitar indou
que George a laissé là. C´est un instrument qui maintient dans la musique
des intervalles différents, la plus petite unité n´est plus le demi-ton
mais le quart-ton. C´est cette limite du seuil supérieur
que l´oreille humaine reconnait encore.
Je poursuis jusqu´a la pièce suivante.
Je fixe du regard la moitié joint de marijuana.
Il parait qu´elle appartiendrait a Ringo, mais quelque chose me dit,
que John l´a fumée.

Traduit par Fabrice Gaspel


Leçon de Lithuanie

Les champs sans fin m’ont captivé.
Les vastes champs du riz de mousson.
Et je pensais à ce vers quoi je m’avance,
moi, petit humain.

Je n’ai pas besoin de chevaucher l’étalon du désert
ou compter les étoiles dans le ciel, pas besoin de
regarder dans le chaudron cassé, si on tient compte
du fait que je suis pauvre. Peu importe si je crache trois
fois dans le feu, si je suis le docteur Bison, ou celui qui
creuse le trou où il tombera lui-même; non, je n’ai pas
besoin de toucher du bois et dire: deux prophètes,
pomme de terre chaude!
Je ne dois surtout pas faire semblant
ou pire, sauter sur un pied.

La lune est silencieuse. Sans couleurs.
Je jette des regards furtifs devant moi
en fumant la pipe comme le faisait mon grand-père.

Traduit par Natalia Lis

Le révolutionnaire

Je ferme la chambre; des cocardes,
des paroles de la Marseillaise et mon vieux bonnet
jacobin y sont disposés. Il est poussiéreux,
j’y suis attaché, et cela me sera difficile,
mais si je le jette aux ordures, je me libérerai de ce sentiment.
L’oisillon apparaît bizarrement, et navigue vers un comté lituanien
Je crache trois fois dans le feu, j’éteins la bougie et je
pars dans la cours, où je monte à cheval. « Hue, hue ! »
Je hâte le pas de mon rapide cheval noir et nous volons
déjà près des lignes des brigands, comme un chevalier
et un écuyer, prêts à faire face.
Un coche arrivait en face – seulement, comment savoir si seul
le plus illustre empereur se dirige en éclairant tout autour
– je mets un masque, puis je sors un couteau affilé.
La liberté décline avec la nuit, lorsque quelqu’un s’écria :
la république, quand l’intimité s’évanouit dans les fossés
marécageux, quand la Ronde de Nuit de Rembrandt
me saisit (pétille dans la nébulosité matinale),
quand la boue grommelle : je serai décapité…

Traduit par Julien Hintzy

L’escargot

Soudain, il aperçoit un derrière un buisson un gigantesque escargot visqueux.
« Ça va être un délice ! », s’écrie-t-il en s’empressant d’allumer un feu
pour l’y rôtir. Le feu crépite, grésille, crachote,
et lui ne fait que regarder et regarder. Il cherche un mot
qui rime avec escargot. Il le trouve. « Bérégo, bérégo ! »,
s’exclame-t-il. Je lui demande ce que cela signifie, je n’ai jamais
entendu ce mot auparavant. « Ah ! Ah ! Tu ne sais pas, c’est donc toi le fou,
et pas moi ! Ah ! Ah ! Tu ne sais pas que le nom de l’ancien premier ministre
Bérégovoy commence par bérégo ! »
Sur ce, il se jette sur l’escargot – qui était aussi gros qu’un cochon,
l’empoigne et le martèle sur un rocher jusqu’à lui ôter la vie.
Pauvre escargot ! Il y a encore un instant je le regardais croquer
l’herbe amère et paître parmi les abeilles sur la colline toute proche.

Traduit par Jospeh Spinali

Hélène

Napoléon partit sur ton île
Il y admira sa luxuriante nature.
Il aspergea de sel le chemin
et te poussa à sortir de terre.
La lumière se coucha contre le matin
Et tu vins te donner à lui.

Puis je suis allé te rejoindre et je t’ai demandé
s’il y a des iguanes sur ton île,
s'il y pousse des fleurs de Darwin, des aspérules odorantes,
si les anémones et les écrevisses y sont en symbiose et
où est l'homme dont les traces de pas sont dans le sable.

Et puis je l'ai rencontré et je l’ai regardé droit dans les yeux.
J’étais face à un nain qui prétendait que j’étais plus grand,
mais pas plus important que lui.

Et maintenant nous nous tenons en échec sur ton île,
devant ton chemin. L’île - ta peau, sur laquelle nous
posons nos pièces. Et toi, céleste et sainte,
tu te ris de nous deux.

Comment puis-je être Napoléon,
alors que je ne suis même pas le général Koutouzov
ni le Ministre de la Police Fouché?
Alors que je ne suis pas un sage à la barbiche blanche
ou un simple matelot, que tu aimerais dans les ports.
Je suis juste le compagnon des pauvres,
qui veulent toucher les perles de tes pieds.

Traduit par Kenny Novak

L’ermite et le sens de la vie

L’ermite fut enseveli sous une avalanche et attendait
sous la neige que l’on vienne le sauver.
Mais personne ne vint le chercher.
Si seulement le Saint-Bernard apparaissait enfin
avec son tonnelet de rhum au cou,
qu'il creuse pour le dégager, ainsi pensa l’ermite.
Ou si au moins il avait cru que quelque part,
là haut, Dieu était là, à veiller sur son avenir.
Lentement, il prit conscience de sa misérable existence.
A quel point elle était transitoire, à quel point elle lui pesait,
et à quel point elle était insignifiante dans
la masse des phénomènes naturels.

L’ermite ferma les yeux.
Il était encore conscient et sentait
la neige l’entourer de tous les côtés.
Soudain, il se rendit compte combien il était simple de vivre.
Ce n’est que sous la neige qu’il comprit.

L’ermite se tut.
Dans son esprit il lutta, avec la neige et la Terre.

Et la Terre se retournait,
prête à l’engloutir à chaque fois.

Traduit par Caroline Fraisse

Et Guik

Quelque part enfoui dans un amas de pensées
Dans les contrées d’un royaume insensé
Demeure Guik le moralisateur

Parmi les terminaisons nerveuses de verre, résonnant
Dans le cerveau, le cytoplasme, le protoplasme
Dans les érythrocytes, les leucocytes, Guik est partout

Étendu sur le lit, mon corps déchiré
Mes genoux contre mon visage, j’enfonce
Ma tête sous l’oreiller pour ne pas entendre
Comme il me dévore et m’entraîne dans la douleur

Vieux pacha gorgé de fierté, il m’attaque
De sa rigidité incommensurable,
Synthèse de tous ses phénomènes nauséabonds

Je me débats, m’agenouille, je crie, je tremble
Je me cogne contre les meubles
Je perds l’équilibre
J’avance vers la porte, chancelant,
Pour le fuir

Et Guik est jaune et triplement rimé

Traduit par Nicolas Stuyckens

L'hermite et le loup

Un ermite traça une ligne sur le sable et dit:
"Tu ne peux pas franchir cette ligne".
Il dessina ensuite un cercle en disant:
"Tu dois rester dans ce cercle.
Tu peux le franchir, mais pas par-dessus la ligne."
Puis la tempête arriva et la ligne disparut.
Un loup se trouvait dans le cercle.
Il était épuisé par le froid et la pluie, mais ne bougeait pas.
Il ne savait pas si la ligne existait toujours,
Quand elle n'est plus dessinée sur le sable.

Traduit par Anca Mitchell